mesures économiques et développement durable

Lors des primaires socialistes, Montebourg avait fait sensation avec sa décroissance. Depuis quelques années l’Indice de Pauvreté Humaine (IPH) a été créé pour se substituer un peu à  l’Indice de Développement Humain (IDH) tant il n’était plus fiable. Aujourd’hui, on ne mesure presque plus les dépenses d’énergies en MWh mais en Tonne équivalent pétrole (Tep). Tout cela semble confus de prime abord et on pourrait même croire que le proverbe “Lorsqu’on n’est pas content de la mesure, on critique le thermomètre”.
Et si, tout compte fait, ces nouvelles mesures n’étaient pas le symptôme d’un autre type de maladie? Comme le disait justement  @ElFredo :

La valeur indiquée par un vrai thermomètre est indépendante de son utilisateur

La mesure économique : Longue vie au PIB

Le PIB, c’est LA mesure économique du moment. Le produit Intérieur Brut est une mesure de la richesse produite par un pays moins la richesse qu’il a dû importer.
Par exemple la France perd 0.7% de son PIB à  cause de ses importations qui sont de très loin plus élevées que les exportations.
La mesure du PIB pose deux problèmes :

  • Si un pays exporte beaucoup, alors il se fait du PIB sur le dos des autres. En effet la part de PIB qu’il gagne par l’export est directement prélevée dans le PIB des autres pays. Pourtant, ça parait contre l’intuition. En effet lorsque j’exporte un produit, c’est que j’ai déjà  fabriqué ce produit (cette richesse) à  l’intérieur de mon pays. Mais en plus, je n’ai en aucun cas été voler la richesse du pays client. Certes, je lui ai pris un peu de sa monnaie (richesse liquide) mais en échange il a obtenu une autre richesse, moins liquide (un objet, un service, une action…).
  • Il n’est pas rétroactif : Si je demande la construction d’une maison en 2012, qu’elle est terminée en 2012 (et que grâce à  un emprunt à  25 ans au taux ultra intéressant de 20% je l’ai payée en 2012), le PIB augmentera du prix de ma maison (voire plus à  cause des flux économiques sous-jacent (fourniture en matériel, en outil, la logistique…)) mais uniquement pour 2012. en 2013, nous repartons à  0 et il faudra que quelqu’un demande une maison en 2013 pour que le PIB ne souffre pas.

Comme vous le voyez, cette mesure est tout sauf durable ou sustainable  comme disent les anglais. En effet le fait que l’export prenne sur le PIB des autres signifie que pour maintenir leur PIB les autres pays sont obligés (comme c’est le cas en Europe) de maintenir à  un niveau très élevé la consommation intérieur, niveau suffisamment élevé pour qu’il encourage le gaspillage…
Quant au fait qu’il n”est pas rétroactif il encourage l’obsolescence programmée. Peut être pas au même niveau de Apple et son IPhone mais cela signifie que chaque structure doit être prévue pour être détruite puis reconstruite dans les 25 ans, que chaque voiture doive être remplacée en entier (et pas simplement sous forme de pièces détachées) après 10 à  12 ans d’utilisation.
Surtout le PIB pose un problème car il est un standard. La dette d’un état? Au prorata de son PIB. La concentration de richesse d”un état? Le PIB per capita. La capacité exportatrice? Au prorata du PIB…
Prenons le cas de la France. Entre 1997 et 2012, elle a connu des périodes de croissance, de récession, d’excédent commercial, de déficit commercial… On nous dit que la France exporte de moins en moins. Pourtant certaines personnes qui regardent en valeur brute ce que nous avons exporté affirment, à  raison, que nos exportation sont restée au même niveau ! Qu’en penser?

Il y a les mensonges, les très gros mensonges… et les statistiques.

La mesure énergétique : La Tonne équivalent pétrole

Le pétrole est l’énergie primaire la plus utilisée. Que ça soit pour produire de l’électricité (énergie finale) ou pour produire un mouvement, du plastique… La Tonne équivalent Pétrole semble donc s’imposer d’elle même (de par nos habitudes) en tant qu’unit” logique et fiable.
Bien sûr il y a une formule de conversion entre Tep et MWh (1MWh = 0,8 Tep) mais ramener au pétrole toute les mesures est la même chose que tout ramener au dollar. Cela facilite tout, mais le jours où le pétrole perdra ses parts de marché (ne serait-ce que parce qu’il est voué à se raréfier) cette mesure ne renverra plus à  rien.
En fait déjà , elle montre ses faiblesses. Pourquoi mesurer la consommation énergétique du SolarImpulse (moteur électrique de même puissance qu’un moteur de scooter) de la même manière que la consommation d’un scooter essence alors que l’utilisation n’est pas du tout la même.
De plus si je consomme du pétrole en tant qu’énergie finale (en tant qu’énergie motrice par exemple), cette énergie est dispersée sous forme de chaleur et de lumière… sans retour possible. Lorsque vous utilisez de l’énergie électrique une partie de l’énergie perdue de cette manière est récupérée (cf la récupération d’énergie au freinage des voitures hybrides et éectriques).
Si une Tep sous forme de pétrole me permet de parcourir 100 km en une heure, il n’est pas dit qu’il me faudra une Tep sous forme électrique pour parcourir ces mêmes 100 km en une heure à  cause de ses phénomènes.
Il en vient donc une nouvelle fois que selon l’utilisation qu’on en fait, l’unité n’offre pas la même mesure. Pas cool.

La mesure écologique : la Tonne équivalent Carbone

Gaz à  effet de serre, nous voila !
Aujourd’hui quand on mesure l’impact de l’homme sur l’environnement, on mesure… les gaz à  effet de serre. Plus précisément, on mesure la quantité de CO2 rejetée. En fait cette mesure est un équivalent carbone, on regarde combien de temps et avec quel intensité le CO2 est un gaz à effet de serre. Puis pour tous les gaz connus pour cette propriété (NOx, CH4…) on fait la même chose et on rapporte au CO2 pour donner leur nocivité équivalente.
Oui mais, le dérèglement climatique (plus que le réchauffement) n’est pas dû qu’aux gaz à  effet de serre ! Entre la pollution, la destruction de la biodiversité, les modifications dans les grands cours d’eau, les couloirs de vents etc… nous avons d’autres soucis autrement plus importants.

En fait cette Tep est avant tout une mesure… fiscale. Eh oui comment faire une taxe carbone, ou bien même subventionner les filières renouvelables sans mesure fiscale contre un énemi identifié. On se fiche un peu que cet ennemi ne soit pas le seul, on se fiche que cet ennemi ne soit pas le plus dangereux, tant qu’il est, et qu’il est quantifiable, il est imposable et on peut donc répérer de l’argent d’un côté pour le donner de l’autre (et avec un peu de chance, cet autre côté lutera contre les autres ennemis). En soit elle n’est pas durable parce qu’en soit elle ne favorise pas les bonnes actions. Par contre une fois cette mesure utilisée pour obtenir l’argent nécessaire à  la construction de générateurs moins polluant (photovoltaïque, éolien, marémoteur…) ou bien engager les sommes nécessaires à  une réduction globale de la consommation électrique (isolation, renouvellement de l’appareillage industriel…) le ciel s’éclaircit.