Darwin, pseudo science, débat, et les autres…

Je craque, va falloir que je l’écrive cet article sur les “Pseudo-sciences”/”Pseudo médecines”/”sciences non officielles” et leur opposition au “scientisme”.

Pourquoi je craque? Car coup sur coup, j’ai eu droit à “l’insulte” de “t’es qu’un scientiste, tu veux pas entendre parler du créationnisme” (en France, pas aux USA, et en plus dans une école d’ingénieur quoi) puis à une discussion affolante avec un tenant d’une “égyptologie alternative parce que les égyptologues officiels nous mentent”.

On y ajoutera les délires d’un rappeur qui a oublié son cerveau sous la douche et on obtient un beau florilège détonant qui me “force” à prendre position sur mon blog. Pire à prendre position vis à vis de pratiques qui sont contre mes principes puisque les tenants des “alternatives” ne cherchent pas le débat, non ils assènent leurs “faits” (entre guillemets car quand on vérifie, ça n’est pas un fait) et se contentent d’un ton volontairement vague et conspirationniste pour nous faire entrer dans leur jeu.

On ne vous cache pas que vos arguments sont mauvais

Parce que voilà : il n’y a pas de science “officielle”, surtout en égyptologie. Si on peut bien comprendre qu’au lendemain de chacune des guerres, surtout quand elles étaient mondiales, une version officielle, souvent romancée de l’Histoire est née (parait que tous les français étaient des résistants) il n’y a aucun intérêt à le faire avec des faits aussi anciens et aussi éloignés de notre civilisation que l’Égypte Antique.

Il y a donc la version “classique” qui devrait s’appeler la version du consensus scientifique : les relevés, mesures, simulations, ont permis de former un modèle solide de ce qu’il se passait à l’époque sans faire appel aux extra terrestre, ni à quoi que ce soit d’extraordinaire.
Car, oui, trouver Pi dans des cercles, ce n’est pas extraordinaire, d’autant plus quand on commence à faire des approximations.
Ce que j’évoque dans la phrase précédente, c’est la théorie de M.Grimault : comme on retrouve une fraction de Pi dans des rapport de longueur réalisés sur des diamètres de cercles inscrits ou circonscrits au même carré (à approximation près, of course) et que personne ne l’a dit haut et fort dans les médias, c’est qu’on nous cache quelque chose. Non.

Le pire vient quand il se met à essayer de rapprocher ça avec des nombres choisis de manière arbitraires. Par exemple il se trouve qu’à approximation près une des multiples estimations de la coudée égyptienne (0.5236m) correspond à pi/6.
Même délire avec phi. Je me permets de parler de “délire” avec phi car vues les propriétés mathématiques de ce nombre, trouver un calcul pas trop compliqué mais qui a l’air scientifique qui relie phi à n’importe quel nombre, c’est juste du gâteau. Et le pire c’est qu’on peut même forcer les choses, on pourrait par exemple trouver un lien entre phi^42 (au lieu de phi² comme le fait M.Grimault) et cette coudée qui est rappelons-le un nombre totalement arbitraire. Notons qu’une des propriétés scientifiques de phi est que phi^n = F(n-2) + F(n-1) * phi où F est la suite de Fibonacci. Suite connue pour amener le rapport de deux termes consécutifs vers pi lorsque n grandit.

Et c’est globalement là le problème que j’observe. M.Grimault prétend que c’est extraordinaire qu’on trouve certaines grandes constantes (quoi que pour lui, une constante, c’est variable) dans les constructions. Viennent alors deux écoles pour le “contredire” :

  • ceux qui disent qu’en fait il n’a pas trouvé ces constantes mais des approximations de ces constantes à condition qu’on approxime plein de mesures et qu’on ne respecte pas les chiffres significatifs : typiquement, M.Grimault prétend trouver des précisions au 450ème de millimètre (un peu plus de deux micromètres) mais prend pour ça des mesures qui, en mètres, n’ont que 5 chiffres significatifs. Autrement dit l’argument vient contredire le résultat par le simple fait qu’on ne peut avoir un résultat plus précis (6 chiffres significatifs) que la mesure (5 chiffres significatifs). Je suis encore prêt à accepter cet argument, parce que ma seconde générale (classe où on apprend ce principe de respect des chiffres significatif, en France) n’est pas si éloignée. Maintenant, je comprends qu’internet a du mal à y être réceptif, ce qui facilite le travail de M.Grimault quand il veut l’oblitérer ou simplement le qualifier de “troll”.
  • ceux qui disent “acceptons que votre mesure et votre calcul sont bons, il est improbable que ce résultat soit extraordinaire” et qui de démontrer qu’on peut trouver pi ou phi n’importe où, comme je l’ai donné plus haut avec les propriétés mathématiques de phi. On a par exemple cette démonstration que pi se trouve dans le bigmac ou encore qu’on peut trouver pi ET phi dans un grand nombre d’objets pyramidaux. Du coup M.Grimault s’émeut une nouvelle fois qu’on le “troll” et qu’en plus l’argument est foireux hein, parce que lui c’est à Gizeh qu’il trouve ce rapport, pas dans le bigmac ou dans un bibelot, non à Gizeh, une des sept merveilles du monde. On notera que l’argument n’était pas là pour rabaisser Gizeh ni pour dire qu’il n’y a pas une certaine élégance à trouver ce genre de rapports mais pour dire que le rapport numérique n’était pas extraordinaire.

Mais vous allez me demander où est passer Darwin dans tout ça. J’y viens, et je me permets de presque clore la parenthèse M.Grimault pour qu’il ne vienne pas remplir mon blog d’insultes, car si M.Grimault a bien évidement un avis négatif sur la théorie de l’évolution, et que ça a donné lieu à une sorte de grande foire aux moqueries à son égard, son propos m’intéresse assez peu.

Non ce n’est pas qu‘une théorie, c’est déjà une théorie

Car le principal problème de ce que je critiquais au départ à propos des oppositions à la science officielle c’est qu’elles ont généré un ensemble d’argumentaires tous fallacieux mais qui sont suffisamment simples pour être rapidement évangélisés. En effet, tous les détracteurs de la science officielle ne parlent pas comme les théoriciens du modèle relatif de la monnaie avec un vocable volontairement abscons…

Le premier argument qu’on entend c’est “la théorie de l’évolution n’est qu’une théorie, si on avait pu la prouver ça s’appellerait la loi de l’évolution”.

Une théorie scientifique, c’est pas un truc fragile et balancé à la va-vite, quoi qu’en dise l’abbé Frament.

Une théorie c’est tout d’abord un modèle qui s’appuie sur un raisonnement scientifique pour expliquer des faits et en prévoir d’autres. La phrase peut paraître un peu rapide et peu claire mais elle distingue vraiment le triptyque qui permet de créer une théorie :

  • un modèle : c’est à dire un ensemble de règles qui ne s’applique que dans un cadre donné dont les limites sont clairement rapportées. Ainsi la théorie de l’évolution ne s’applique qu’à des populations d’individus qui peuvent se reproduire et qui sont dans un milieu qui applique sur eux une certaine pression qu’on qualifiera plus tard de sélective. Toute personne qui se pare de darwinisme pour expliquer la supériorité de son idéologie économique se place de base hors du modèle.
  • un raisonnement scientifique : qui a d’ailleurs la particularité d’intervenir avant l’observation des faits afin d’éviter le biais de confirmation. Ce raisonnement se base sur ce qu’on sait déjà pour tirer des conclusions selon une dialectique hypothético-déductive : je regarde ce que je sais, j’en conclus ce que les modèles actuels me permettent de conclure et je pousse encore plus loin à chaque fois.
  • Enfin, j’obtiens une explication des faits actuels, et des prédictions : qui sont énoncés de manière réfutable : c’est à dire qu’on va proposer une expérience (ou une grandeur à mesurer) qui permettra de conclure soit que la théorie est solide (pas forcément vraie, juste solide) soit qu’elle a atteint une limite et qu’elle a besoin d’un amendement soit qu’elle est fausse. C’est d’ailleurs pour ça que outre l’immense succès technique que représente la mesure des ondes gravitationnelles, ça fait un poil chier les scientifiques : entre avant (on n’avait pas mesuré les ondes) et maintenant (on les a mesurées et en plus ça colle parfaitement à la théorie) on n’a rien appris de plus puisque la théorie colle parfaitement aux faits, même pas un amendement possible.

A partir des ces trois points, qui sont assez importants, vous avez un modèle scientifique pour expliquer un ensemble de faits qu’ils soient physiques (relativité), biologique (évolution, génome, infectiologie) ou encore sociologiques (n’en déplaise à Sarkozy). Et là on n’a toujours pas une théorie, parce que maintenant, il va falloir passer l’étape de la publication, de la relecture par les pairs et de la réplication.

Souvenez-vous, je vous l’ai dit, tout modèle scientifique est exprimé de manière réfutable (autrement dit tout raisonnement irréfutable n’est pas scientifique, sorry) et maintenant, la communauté scientifique va tenter de réfuter le modèle.

Si à force de réplication, d’articles indépendants mais concordants et d’amendements on arrive à un modèle qui est accepté par la communauté scientifique, on appelle ça une théorie. Et là c’est du solide.

Et pourtant la théorie évoluera.

Il était une fois, une discipline qui évolue

Car voilà un autre type d’arguments qu’on nous sort à tout bout de champ pour montrer que la théorie de l’évolution (ou autres, les plus attaquées étant celles d’Einstein) est fausse : Darwin a dit ceci ou cela et il avait tort.

Bon, on passera l’exemple de l’œil qui est le cas typique de contresens car Darwin explique qu’il ne faut pas faire jouer sa théorie n’importe comment, notamment essayons d’éviter de la jouer en arrière car exprimer la sélection à rebours, c’est franchement foireux. L’exemple est donc plutôt un exemple que la théorie de Darwin fonctionne, mais ses contradicteurs ont retenu deux trois phrases qui les arrangeaient pour créer une hypothèse ad hoc : la complexité irréductible.

Je voulais simplement rappeler que depuis la formulation par Darwin et ses collègues, dont Wallace de la théorie de l’évolution, pleins de choses avaient été changées :

  • Le mot espèce est aujourd’hui utilisé avec parcimonie, et en aucun cas confondu avec le mot race qui lui, a été abandonné.
  • Le concept d’espèce transitionnelle a été totalement abandonné au profit de concepts qui font entrer une plus grande continuité dans l’évolution tout en plaçant des jalons “visibles” au fur et à mesure. Ce double concept est fortement appuyé par la phylogénétique.
  • Une formulation bien plus complète et basé sur les découvertes contemporaine a été écrite au XXème siècle, nommée théorie synthétique de l’évolution.
  • Et même cette théorie, qualifiée de néodarwiniste, a été enrichie et modifiée par des modèles tels que celui des équilibres ponctués.

Bref, se baser sur des faits anciens, aujourd’hui abandonnés, reformulés ou même prouvés pour argumenter, c’est pas la joie. Mais ça se comprend quand on sait que les grands textes religieux dits révélés n’ont pas bougé depuis des siècles.

Conclusion

Oui, comme la personne sur facebook me le reproche, je ne m’intéresse pas aux créationnismes car ils sont farcis de problèmes de logiques. Refuser que la science évolue leur permet clairement d’attirer des gens, mais c’est loin d’être un fait et affirmer que “la science n’explique pas ceci ou cela” ne suffit pas à rendre cette assertion vraie. En fait il y a une chose que la science ne voudra jamais expliquer : pour quoi vous vivez? La spiritualité, peu importe comment vous la pratiquez ne sera jamais le domaine de la science car la science ne cherche pas de but, juste des explications.

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