World forum 2014 : partie 1 : l’économie circulaire

Cette année, je vais pouvoir reprendre comme je l’avais fait il y a deux ans mon debrief du world forum.

Cette année, la première conférence que je vais développer sera celle sur l’économie circulaire. Afin de rendre les articles digestes, un second article plus généraliste sur ce qu’est l’économie circulaire, et surtout ses enjeux réels en terme d’emplois, de compétences, d’environnement et de retombées économiques sera réalisé.

Puisque le world forum s’est bien modernisé ces dernières années, vous avez accès à la vidéo de la conférence avec doublage FR ci dessous :

 

Pour ceux qui, comme moi, préfèrent la VO, c’est ici.

Le contexte

Nous avons donc une conférence organisée et animée par la présidente de Orée, une association rassemblant un grand nombre d’acteurs industriels, agricoles, juridiques pour protéger la biodiversité sans sacrifier les êtres humains.

Si c’est Orée qui met en place cette conférence au sein du World Forum c’est surtout parce que selon Orée, l’économie circulaire est une des trois priorités pour le monde de demain.

Premier point intéressant dans cette conférence, la diapositive qui montre la manière dont Orée conçoit l’économie circulaire.

économie circulaire

Vision d’Orée sur l’économie circulaire

Cette diapositive a l’avantage de reprendre avec des mots clefs ce que le schéma du site notre-planète exprime de manière bien moins lisible.

La conférence se concentre surtout sur la filière déchets. J’ai eu un moment d’inquiétude quand j’ai vu le titre “les défis des matériaux” qui était encore une fois traité uniquement sur l’angle valorisation/recyclage.

Mais, cette inquiétude est de courte durée puisque dans cette conférence, nous n’avons pas un n-ième institutionnel ou politicien venu faire de la langue de bois ou des discours trop techniques pour être utiles. Nous avons des entreprises, Bouygues, Castorama, et une entreprises étrangère (Pays bas) : BMA Ergonomics. La quatrième intervention a été donnée par l’Arebs et le réseau ReNEW (Belgique).

Si j’ai eu peur c’est simplement parce qu’on parle sans cesse du recyclage, de la revalorisation (surtout énergétique, comme le montre l’intervention de l’Arebs en Irlande) mais qu’on ne voit pas le coeur même du problème :

En Allemagne, la productivité du travail a été multipliée par 3,5 entre 1960 et 2000 tandis que la productivité des matières a seulement doublé.

Machel Renner

Parce que oui, un de problèmes aujourd’hui c’est que nous consommons plus de ressources que la Terre ne peut en produire. Nous tentons de réduire la pénibilité du travail, et par la même occasion de réduire la quantité de travail nécessaire, mais nous sous-utilisons clairement nos ressources. Gaspillage, non maîtrise des déchets, non maîtrise des cycles de vie, non maîtrise de la valeur de l’objet de seconde main… Mais dès qu’on parle de circularité de l’économie, seuls le recyclage et la valorisation énergétique des déchets sont évoqués.

Le cas d’étude apporté par l’Arebs (association communale de Seraing, Belgique) nous le montre.

Partager les compétences, pour sortir des clichés

L’Arebs est une association qui a permis à l’agglomération de Seraing, d’intégrer les problématiques du développement durable et de se lancer dans l’économie circulaire notamment en revalorisant les déchets de valeurs (adhérent au réseau ReNEW).

Ce qui m’a le plus intéressé dans la présentation de cette association a été le projet qu’ils ont mené avec l’Irlande. Surtout l’Arebs a pour valeur principale de toujours mettre en place ses équipement à l’échelle “pilote”, c’est à dire un prototype fonctionnel hors laboratoire (i.e dans la “vie réelle”) mais pas encore industrialisé. (rappel sur le Techology Readiness Level).

Ce que je tire de cette intervention, c’est le retour d’expérience du projet Irlandais. L’Arebs arrive là bas pour mettre en place de la circularité dans leur process de traitement des déchets. Comme ils font partie du réseau ReNEW, ils voulaient mettre en place un prototype fiable pour le recyclage des métaux à forte valeur depuis les déchets (exemple les scories électroniques). Mais ils sont arrivé dans une localité où “revalorisation” ne voulait dire que “revalorisation énergétique“, c’est à dire la version politiquement correcte de “on brule pour faire de l’électricité”.

Si les technologies de méthanisation sont de plus en plus mature (93% de la flotte transpole roule au biogaz) et qu’elles sont plutôt favorisées dans les lois récentes,  le traitement initial permettant de trier les déchets ménagers afin de produire le méthane ne fait pas que des heureux. Le Tri/Traitement Mécano-Biologique, par exemple, qui est aujourd’hui très utilisé sera interdit par la loi de programmation énergétique dite Loi Royal.

Pour passer au delà de ce préjugé, l’Arebs a dû fédérer les compétences, pour que tous les acteurs s’y retrouvent.

Finalement le projet semble être une belle réussite et la revalorisation des matériaux passe par une entrée dans un nouveau cycle d’utilisation. En effet, la revalorisation énergétique a cette faiblesse d’être un point final de l’usage des ressource car une fois brulées, elles ne seront pas récupérées. Si les ressources de type biomasse (déchets agricoles, organiques…) sont totalement adaptées à cette utilisation c’est surtout parce qu’elles sont sans cesse renouvelées. Le plastique, lui, ne l’est pas.

Enfin, n’oublions pas que :

Le recyclage des déchets crée des emplois. Il en crée 6 fois plus que la valorisation énergétique des déchets et 25 fois plus que leur mise en décharge.

Source

Un cycle récursif dans toutes les étapes

Castorama et BMA Ergonomics ont quant a eux offert une approche beaucoup plus orientée “produit”. Ces conférences ont permis de mettre en exergue le lien extrêmement fort entre ce que la diapositive de Orée appelle “Eco conception/Economie de fonctionnalité” et “Recyclage/Revalorisation”.

Car, oui, loin d’être de simple flèches “en pointillés” ces deux émanations de l’économie circulaire sont interdépendantes à l’extrême. Tant et si bien que pour schématiser réellement le comportement du produit au cours de son cycle de vie, il faut fusionner les deux schémas clefs des intervenants pour donner (cliquer pour agrandir):

circularitéJ’ai tenté de résumer dans ce schéma qui est tout sauf projetable lors d’un exposé mais l’idée de base de l’économie circulaire que ces présentation m’ont transmis, c’est que finalement, la circularité est récursive et que chaque domaine est en soit un projet d’économie circulaire.

Prenons le cas du plan de travail créé par Castorama.

La conception prenait en compte les cas d’usage du client :

  • légèreté/facilité de transport
  • adaptation à la cuisine du client (possibilité de raboter/rallonger)
  • durabilité (mine de rien un plan de travail est un bien durable au même type qu’un réfrigérateur)

Mais surtout, Castorama avait pour but de réduire les déchets en créant un matériau composite comme dans le passé Tétrapac avait créé l’emballage alimentaire recyclé.

Seulement, Castorama est un distributeur, il n’a donc pas les compétences pour se lancer dans ce projet, il faut donc les acquérir. Et pour connaître les compétences à acquérir, il faut dès le départ concevoir le projet pour que tout soit réutilisable, circulaire. Et donc créer l’analyse du cycle de vie. Comme les compétences ne sont pas là, il faut aller chercher les gens qui vont les apporter, donc les fournisseurs. Ces fournisseurs ne peuvent être choisi que s’ils sont en phase avec le projet… Bref, on a un cycle.

Mais le mieux dans l’histoire, c’est le tour de force réalisé par BMA : le produit fini est au centre de chaque sous-cycle. Pourquoi? parce qu’en plus de faire un produit nouveau, ergonomique, durable, recyclable, maintenable… Ils font de l’économie de fonctionnalité et s’autorisent à aller récupérer des fauteuils usagés, les remplacer par des neufs et revendre, certes moins cher, les usagés à des nouveaux clients. Et ça, c’est la grande classe !

D’ailleurs l’intervenant de chez BMA a été selon moi le plus réaliste dans son intervention, surtout dans sa conclusion : une entreprise c’est là pour gagner de l’argent (“faire du beaf” comme le dit un de mes coéquipiers) et l’économie circulaire permet d’augmenter la productivité des matières donc avec les mêmes entrants vous gagnez plus d’argent !

Augmenter la plus-value des matériaux

Dans les biens durables de base se trouvent les habitations. Et les matériaux qui les composent ne peuvent plus être choisi au hasard.

Premièrement les lois quant aux normes de résistance au feu, au vent et à l’humidité sont de plus en plus sévères tandis que les architectures doivent assurer ventilation (fenêtres…), efficience énergétique (orientation, pas de pont thermiques…), que les toits sont de plus en plus sollicités pour produire de l’électricité (éolien de faîtière, photovoltaïque…), accueillir des végétaux.

Ensuite, les rejets de gaz à effet de serre, de gravats sont observés à la loupe pour que les objectifs imposés par les accords internationaux soient atteints.

Un moyen non négligeable d’augmenter la productivité matériaux sera donc tout simplement de leur donner un maximum de valeur ajoutée (béton bas carbone) ou bien de faire des bétons normaux à partir des gravats, donc d’entrants bien moins chers.

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