Enquête sur le vrai coût de l’énergie

Le débat des énergies renouvelables, du nucléaire doit faire partie d’une r”flexion bien plus grande. Les probl”matiques les plus souvent présentées sont celle du coût du kWh de chaque technologie et son évolution. Mais alors que la France redevient, chiffre de 2011 à  l’appui, exportatrice nette avec l’Allemagne on se rend compte que la géopolitique, le profil des consommateurs et la régularité de la production sont bien plus importantes.

Une idée fausse : nucléaire =électricité à  petit prix

On nous l’a répété : l’électricité peu chère de la France vient du nucléaire. Il se pourrait que ça soit vrai, après tout le nucléaire est actuellement, avec le gaz (que nous ne produisons pas) l’énergie la moins chère. Pourtant, la France et les états Unis, les plus gros producteurs d’énergie nucléaires ne sont pas les moins chers.

Et ce ne sont pas des pays exportateurs de gaz qui les dépassent. Dans le tableau suivant, nous pouvons voir que la France est dans la moyenne  (du panel choisi, mais c’est aussi vrai au niveau européen) :

Pays %nucléaire $/KWh (2009)
Italie 0 16,16
Allemagne 26,1 13,52
Autriche 0 13,31
Espagne 17,5 12,53
Pays-Bas 3,8 11,75
Royaume-Uni 13,5 11,32
Belgique 51,7 9,9
Etats-Unis 20,2 9,27
France 75,6 8,15
Finlande 22 7,94
Canada 14,8 6,33
Australie 0 6,29

On remarquera que l’Italie, le pays le plus cher du panel a abandonné le nucléaire depuis la catastrophe de Tchernobyl, néanmoins nous reparlerons du cas de l’Italie qui depuis 2008 a signé un accord bilatéral avec les Etats Unis pour construire de nouveaux réacteurs.
Pour l’Australie, la décision de sortir du peu de nucléaire qui y était installé est prise en 2008 et actée en 2009. Le cas de l”Australie est aussi très particulier : l’Australie est la plus grande réserve mondiale d’Uranium de qualité, mais aussi la plus grande poubelle au monde pour les déchets nucléaires. L’Australie n’a plus construit de réacteur, mais sa filière du nucléaire a survécu.

L’Australie a développé le Synroc pour contenir les déchets nucléaires. Le Synroc est une sorte de roche synthétique (Synthetic Rock), inventé en 1978 par le professeur Ted Ringwood de l’Australian National University. Cette technologie est utilisée par l’armée américaine pour confiner ses déchets

Ce tableau, repris dans le graphique qui suit est la preuve accablante, une nouvelle fois, que les chiffres ne parlent pas d’eux mêmes. Les deux extrêmes sont des pays sans nuclÃéire, les pays médians (USA, France, Belgique) ont une part importante de nucléaire dans leur mix énergétique (la palme à  la France). De plus, ce que le tableau ne dit pas, parce que les données sont encore plus disparates, c’est que certains pays tels que la Suède (moins chère que la France) basent tout sur le renouvelable (souvent, une grande partie d’hydraulique), et dépassent les 40% de renouvelables une fois la revalorisation des déchets comptée (16% pour la France !).

Prix en fonction de la part de nucléaire

Il semblerait que le coût au kWh d’un pays soit largement différent de la moyenne des coûts au kWh des technologies qu’il utilise.
Dans la suite de mes recherches je me suis intéressé à  la différence entre électricité produite et électricité consommée, en effet, nous savons que la France est exportatrice net, donc il semblerait que les pays voisins produisent beaucoup moins d’électricité qu’ils n’en consomment, faisant monter leur coût.
Autre hypothèse qui module le coût au kWh est liée à  l’utilisation, ou non, du nucléaire : de quel manière est organise le réseau de distribution. En effet, tout comme il est cher de transporter vos chaussures de la Chine à  la France, il est plus cher de transporter l’électricité de Paris à  Brest que d’utiliser l’électricité produite par votre toît.

Le kilowhat géopolitique

J’ai donc, grâce à  Wolfram Alpha, compulsé les données de production et de consommation à  l”année. Et rapidement, j’ai vite été surpris : malgré un nombre relativement faible de pays exportateur net d’électricité, seuls deux pays sur les 13 étudi2s s’offraient le luxe de produire moins (en 2009) qu’ils ne consommaient, et en tête… l’Italie. Si cette donnée m’a rassuré, on trouve aussi la Finlande dans cet état de fait, qui est pourtant moins chère de 11% que la France.

graphique

Mise en parallèle de la consommation et de la production électrique

En y regardant de plus près, on peut deviner l’importance de la géopolitique dans cette histoire. J’ai déjà  parlé des exportations d’uranium par l’Australie, mais deux grands exemples, presque académiques sont l’Europe des 6 et le duo de l’ALENA : le Canada et les USA.
Dans l’Europe des 6, le réseau n’est pas commun, mais tous sont branchés et palient aux faiblesses des autres. Ainsi, même si la France est importatrice d’électricité en 2009/2010 et sûrement 2012 avec l’Allemagne, dès que ses pics de consommation sont passés, elle fournit de l’électricité à  ses voisins, notamment à  l”Italie (toujours elle), qui ont une consommation plus lissée mais pour qui, parfois, il faut quand même pallier à  un manque.
Le cas de l”Europe des 6 est aussi spécial à  cause de son histoire. Premièrement, les 6 pays évoqués étaient colonialistes et obtiennent toujours des avantages économiques dans leurs anciennes colonies devenues indépendantes. Ainsi, la France profite d”un Uranium à  coût plus bas et augmentant moins qu’ailleurs grâce à  l’exploitation que fait Areva dans les pays d’Afrique. Certains y voient du néocolonialisme, peut être est-ce vrai, peut être pas, en attendant, si l’Europe reste une patrie du nucléaire (et l’Italie étant nécessairement importatrice, elle se sert indirectement du nucléaire), c’est grâce à  cette histoire là .
De plus, nous avons pu remarquer une part moins importante d’énergie renouvelables dans cette partie de l’Europe, malgré les efforts de l’Allemagne et les investissements de la France. Mais doit-on rappeler que :
-Les terres rares (Lanthanides) ne se trouvent pas en gisement exploitable dans cette partie de l’Europe, ralentissant ainsi la production de panneaux solaires. Pour information, c’est en Suède que les premiers Lanthanides (dont on pensait qu’ils n’étaient qu’un seul et unique, c’est plus tard qu’on les différencia) ont été découverts. Et c’est la Chine qui en produit le plus.
-l’histoire de ces pays donne naissance à  des quartiers d’époque, qu’il faut mettre aux normes. Une enquête du regrété Jacques Marseille (L’argent des Français) notait que depuis les années 2000, l’immobillier ancien était de moins en moins rentable. Un des raisons est la nécessité de se mettre aux normes d’isolation.
-Le nucléaire est arrivé dans les années 60 suite au choc pétrolier. Les pays européens sont largement importateur de produits pétroliers. Cela génère la nécessité d’nstallation de lignes à  très haute tension sur lesquelles les pertes sont immenses. On notera néanmoins une innovation de Nexans qui crée des raccords de lignes 25% plus économes que les anciens.

États-Unis et Canada, eux, font les choses autrement. Premièrement, le réseau électrique est commun, résultat ce que le Canada produit est en partie consommé par les USA et vice versa. Cette situation continuera d’autant plus que les USA sont très dépendants du Canada en matière d’énergie. Le Canada est : premier fournisseur de pétrole, d’uranium et de gaz des USA en 2009. Si cela évolue au fur et à mesure que l’administration Obama autorise l’extraction du gaz de schiste, les deux pays sont suffisamment immenses pour qu’il soit plus sécurisé pour eux de s’entraider à flux continu.
Ensuite, il y a les grands lac qui depuis le très connu News Deal aux USA produisent de très grandes quantités d’électricité. On y ajoute l’exploitation Canadienne et on se retrouve avec une ressource électrique qui a un coût raisonnable (à  peu près équivalent au nucléaire) mais qui en plus est souple (une turbine ça s’arrête en 10 minutes, un réacteur nucléaire, en plusieurs jours !). Cela aide à  ne pas utiliser les centrales conventionnelles en appoint et donc réduit clairement les coûts. Ajoutons que le Canada produit ses propres hydrocarbures et même du charbon. Si ça n’est pas bon pour l’environnement, cela lisse encore plus les coûts.

Idée reÃçue : l’abondance mène au gaspillage

Dans nos pays arrosé de nucléaire, l’électricité est là  en abondance. Tant et si bien que la France a décidé (peut-être est-ce son secret pour avoir un coût au kWh nucléaire toujours très rentable) de n’utiliser en majorité le chauffage électrique. Intuitivement, cela signifie une consommation par habitant en nette augmentation, surtout que les prix sont plus bas que dans d’autres pays. Dans le graphique suivant, je mets en face à  face la part de nucléaire dans la production nationale d’un pays (donc, je rappelle, les données du Canada et des USA sont un peu biaisées), et la consommation par habitant. Les pays sont classés de gauche à  droite dans l’ordre décroissant du prix au kWh.

Prix en fonction de la part de nucléaire

 

Contrairementà  ce que dit l’intuition, la France est dans la moyenne des pays de ‘UE, en ce qui concerne la consommation par habitant. D’ailleurs, des pays qui, tout à  l’heure, callaient leur production sur la consommation globale (Suède, Finlande) consomment énormément d’énergie. Le froid y est pour quelque chose. On remarque aussi que les États-Unis sont encore une fois dans le haut du panier quand il s’agit de consommer.
L’Allemagne possède aussi un des coûts les plus élevés, avec une part de nucléaire pourtant toujours présente (même s’ils ont décidé de fermer des réacteurs), peut être que l’importance de l’industrie dans cette nation a aussi un impact important. D’ailleurs tous les pays dont le kWh est plus cher que la France sont plus industrialisés que notre pays.

Sources

http://energo.blog.fr/2009/10/02/les-usa-prendront-part-au-renouveau-nucleaire-italien-7085317
wikipedia

commission sénatoriale

One thought on “Enquête sur le vrai coût de l’énergie

  1. Bon, en fait, vous parlez de l’électricité, pas de l’énergie.

    Maintenant, votre article demande une mise à jour car les chiffres cités datent un peu.

    A part quelques mois en 2011, l’Allemagne exporte toujours plus d’électricité vers la France que l’inverse :
    http://energeia.voila.net/electri/france_allemagne.htm

    Ensuite, pour connaître le prix de l’électricité de différents pays européens et leur taux de nucléaire dans cette électricité :
    http://energeia.voila.net/electri/taux_nucle_prix.htm

    Gros avantage, c’est plus récent et surtout c’est en euros, ce qui évite le biais des taux de changes variables seuivant les années.

    En Italie, la population a refusé le nucléaire pour la seconde fois, par référendum, à une très large majorité (94%) en juin 2011.

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